
<p>Bonjour. Moi, c’est Sophie.</p><p>J’ai 42 ans, je vis en Gironde, pas très loin de Bordeaux. Je suis née ici, en France. Mon père est noir, ma mère est blanche. Et mes quatre enfants, eux, ont la peau claire. </p><p>J’aimerais vous raconter deux moments. Deux scènes. Deux instants presque ordinaires, si on regarde vite. Mais quand on s’attarde… c’est autre chose.</p><p>Le premier, c’était en 2003. J’avais 22 ans, j’étais étudiante en droit, et j’allais débuter un stage dans un cabinet d’avocats. On ne s’était jamais vus, l’associé et moi, juste échangé par mail. Le soir où je passe au cabinet pour signer la convention, je frappe à sa porte. Il me voit, il ne dit rien. Il me tend la corbeille à papiers.</p><p>Il pensait que j’étais la femme de ménage.</p><p>J’ai compris tout de suite. J’ai fait demi-tour, en larmes. Ce n’est pas la pire humiliation que quelqu’un puisse vivre. Mais ce soir-là, ça m’a giflée de plein fouet. C’était violent, dans sa banalité.</p><p>Deuxième scène. Beauc